Volonté
Ligne de Mire · Édition n°069 · 21 août 2026
La série de l’été · Épisode 4/5
Les 3 pouvoirs de la volonté : lequel utiliser, et quand ?
Ce soir-là, j’avais 30 minutes pour réviser. YouTube m’en a pris 20.
Cette édition part de ce moment très ordinaire pour regarder la volonté autrement : non comme une force qu’il faudrait posséder davantage, mais comme trois capacités différentes — dire non, dire oui et choisir — à mobiliser selon ce qui nous éloigne de ce qui compte.
Lire l’édition ↓Bonjour,
Depuis le début de cette série d’été, une même question nous accompagne : pourquoi est-il parfois si difficile de rester fidèle à ce qui compte vraiment ?
Nous avons regardé ce que notre vie met réellement au centre , ces « je dois » qui nous tiennent parfois sous pression , puis ces directions trop nombreuses qui finissent par nous faire perdre le sens.
Mais voir cela ne suffit pas toujours.
Il y aura encore des jours de fatigue, des urgences, des habitudes qui reviennent. Des moments où ce qui compte semblera moins pressant que ce qui crie plus fort.
Alors une autre question apparaît : qu’est-ce qui nous aide à revenir à ce qui compte, même les jours sans ?
C’est là qu’entre en jeu un mot que nous avons peut-être appris à mal aimer : la volonté.
Juste cinq minutes…
Je me souviens d’une période où je préparais une certification. Ce soir-là, j’avais décidé de consacrer trente minutes à mes révisions.
Pour être franc, je n’étais pas particulièrement motivé. La journée avait été longue et j’aurais volontiers fait autre chose.
Mais il le fallait.
(Ah, ces fameux « je dois », « il faut que »… décidément, ils ont la vie dure.)
Alors, avant de m’y mettre, je me suis dit : « Je regarde juste cinq minutes de YouTube, histoire de me changer les idées. »
Une vidéo. Puis une autre. Puis encore une.
Et vingt minutes plus tard, je me suis surpris à faire défiler les vidéos encore et encore, sans même savoir ce que j’étais venu chercher.
Ce jour-là, ce qui me manquait n’était donc pas du temps. J’en avais. Je l’avais même réservé.
Ce n’était pas non plus de savoir ce que je voulais faire. Je le savais.
Ce qui m’avait manqué tenait finalement en un mot : un non.
Non à cette vidéo de plus, à cette distraction qui semblait sans conséquence, à ce geste presque automatique qui m’entraînait ailleurs.
Pas un grand non héroïque. Juste un petit non, suffisamment tôt, pour protéger ce que j’avais choisi.
Et c’est déjà l’un des pouvoirs de la volonté.
L’hiver de la volonté
Seulement, ce mot n’est pas neutre.
Pendant longtemps, la volonté a été associée au caractère, au devoir, à la maîtrise de soi. Au XIXᵉ siècle, particulièrement dans l’Angleterre victorienne, avoir de la volonté signifiait savoir se tenir, différer ses plaisirs et poursuivre un but malgré l’effort.
Samuel Smiles en est l’une des figures emblématiques. Médecin de formation devenu journaliste et écrivain, il publie en 1859 Self-Help, immense succès consacré au travail sur soi, à la persévérance et au caractère — une sorte d’ancêtre de nos livres de développement personnel.
Mais cette conception s’est aussi chargée de morale : « Il suffit de vouloir. » « Quand on veut, on peut. » « Si tu abandonnes, c’est que tu manques de volonté. »
Face à cet univers de devoir et de maîtrise de soi, on comprend que l’ironie d’Oscar Wilde ait pu faire mouche :
« Je résiste à tout, sauf à la tentation. »
Puis le XXᵉ siècle a encore assombri le mot.
La volonté, le sacrifice, la discipline collective ont aussi été mobilisés par les idéologies politiques. En 1935, Leni Riefenstahl donne même à l’un des films de propagande les plus célèbres du régime nazi un titre lourd de sens : Le Triomphe de la volonté.
Au fil du siècle, le mot a ainsi accumulé les bagages : devoir, obéissance, sacrifice, dureté envers soi-même. Il a fini par sembler ancien, poussiéreux, parfois même suspect.
Et pourtant, quelque chose de cette vieille conception est resté en nous.
Aujourd’hui encore, lorsque nous disons « je manque de volonté », nous parlons souvent comme s’il nous manquait quelque chose dans notre caractère. Une force que d’autres posséderaient davantage.
Comme s’il fallait être plus dur, plus discipliné, plus capable de serrer les dents.
Le retour de la volonté
Cependant, la volonté, en tant que sujet d’étude, n’a jamais vraiment disparu.
Elle est revenue sous d’autres noms : contrôle de soi, autorégulation, fonctions exécutives, régulation émotionnelle. Peu à peu, le sujet a quitté les conversations de café et les jugements sur le caractère pour entrer par la grande porte de la psychologie.
Les chercheurs ont étudié notre capacité à résister à une impulsion, à persévérer, à commencer malgré l’envie de remettre à plus tard ou à rester reliés à un objectif lorsque notre attention est sollicitée ailleurs.
Mais l’enjeu va bien au-delà d’une notification ou d’un dessert auquel on résiste.
Qu’est-ce qui nous aide à mieux conduire notre vie dans la durée ?
Santé, travail, finances, relations, projets personnels… dans de nombreux travaux, la capacité à se contrôler et à rester fidèle à ses choix apparaît associée à des trajectoires plus favorables dans des domaines très différents.
Et c’est là que la volonté retrouve tout son intérêt.
Elle touche à quelque chose de beaucoup plus essentiel : notre capacité à rester reliés à ce que nous avons choisi.
Les trois pouvoirs de la volonté
Dans la vie quotidienne, cette capacité prend souvent trois formes.
Dire non, à ce qui nous détourne ou prend notre attention sans que nous l’ayons vraiment choisi. C’est ce petit non qui m’a manqué devant YouTube.
Dire oui, au premier geste vers ce qui compte, même lorsque l’envie n’est pas vraiment là. Pas tout accomplir, pas gravir toute la montagne : simplement commencer.
Et choisir : accepter que tout ne puisse pas avoir la même place. Protéger certaines directions suppose parfois d’en laisser d’autres de côté.
Trois mouvements différents, mais un même enjeu : ne pas laisser ce qui réclame notre attention décider systématiquement à notre place.
Et au fond, tout commence là.
Nous pouvons savoir ce qui compte. Nous pouvons même avoir décidé de lui consacrer du temps. Si notre attention part ailleurs, ce temps finit pourtant par appartenir à autre chose.
Le temps sans attention se disperse.
L’attention sans temps ne construit rien.
C’est peut-être ainsi que la volonté retrouve une place plus juste : non comme une manière de nous faire violence, mais comme une capacité à protéger suffisamment notre attention pour rester proches de ce que nous avons choisi.
Et lorsque nous nous en éloignons, à revenir.
Revenir à notre attention. Revenir à notre choix. Revenir à ce qui compte.
C’est peut-être cela, finalement, l’art de la volonté.
L’art de revenir.
Le défi de la semaine
Cette semaine, repérez simplement un moment où vous passez en pilotage automatique.
Un écran ouvert presque machinalement. Quelque chose que vous repoussez encore. Un oui donné trop vite. Une direction que vous poursuivez simplement parce qu’elle était déjà lancée.
Puis posez-vous cette question :
De quel pouvoir ai-je besoin ici : dire non, dire oui ou choisir ?
Ne cherchez pas à devenir parfaitement maître de chacun de vos gestes.
Essayez seulement de reconnaître un peu plus tôt ce moment où quelque chose commence à prendre la main — et où vous pourriez revenir à ce que vous aviez choisi.
À paraître
L’Art de la volonté
Dire non, dire oui, choisir : mobiliser ces trois pouvoirs au bon moment est une compétence clé. L’Art de la volonté montre comment la développer — et va plus loin : comprendre ce qui nous fait hésiter, repousser ou nous disperser, pour mieux y répondre.
Parution le 10 septembre 2026.
Édition Kindle :
5,90 € jusqu’au 20 septembre, puis 9,90 €.
Édition brochée :
14,90 € — 160 pages, disponible le 10 septembre.
Dans le prochain épisode
Dans le dernier épisode de cette série, nous passerons de cette intention à quelque chose de très concret : le geste que l’on répète jusqu’à ce qu’il commence à nous ramener presque naturellement vers ce qui compte.
Parce que septembre ne se jouera probablement pas dans une grande résolution, ni dans une soudaine poussée de motivation.
Mais peut-être dans un premier geste suffisamment simple pour pouvoir être refait.
Même les jours sans.
C’est ce que nous regarderons la semaine prochaine.
Le clin d’œil de la semaine — sous forme de citation
Je vous laisse avec Douglas Adams, qui avait visiblement une certaine expérience de la procrastination — ou de ses conséquences :
« J’adore les échéances. J’adore le petit bruit qu’elles font quand elles passent à toute vitesse. »
— Douglas Adams
Bon week-end à toutes et tous 🌿
Christophe · Sur le Bon Chemin
Chaque rêve mérite un plan ✨