Se projeter dans l’avenir.
Facile à dire quand on sait où l’on va. Mais pour beaucoup, c’est justement là que tout se brouille.
« J’ai du mal à me projeter dans l’avenir. »
« Tout me paraît flou, surtout pour ma vie professionnelle. »
« J’ai peur de me tromper, ou de ne plus savoir ce que je veux vraiment. »
Parfois, le sentiment va encore plus loin :
« Quand je pense à dans 10, 20 ou 30 ans, c’est comme un vide. »
Certains avaient une direction claire, puis les urgences et les contraintes du quotidien ont pris toute la place.
D’autres n’ont jamais vraiment su ce qu’ils voulaient. Et lorsque les autres semblent savoir où ils vont, une autre pensée apparaît :
« Je devrais quand même savoir ce que je veux. »
Alors on cherche la bonne réponse. Le bon métier. Le bon projet. La bonne décision. Parfois même cette fameuse « mission de vie » qui serait censée tout éclairer.
Et c’est précisément là que l’on risque de se bloquer.
Se projeter dans l’avenir ne signifie pas prévoir sa vie.
Cette capacité à imaginer des situations futures est étudiée en psychologie cognitive et joue notamment un rôle dans la manière dont nous construisons nos objectifs et préparons nos choix.
Vous n’avez donc pas besoin de savoir exactement où vous serez dans cinq ou dix ans.
Vous avez besoin de comprendre ce qui vous empêche aujourd’hui d’avancer, puis de retrouver suffisamment de direction pour choisir votre prochain pas.
Dans cet article, vous allez :
- identifier 7 freins fréquents qui empêchent de vous projeter ;
- découvrir grâce au quiz vos deux freins dominants ;
- apprendre à choisir un cap même sans connaître toute la destination ;
- transformer cette direction en une première expérience concrète.
Dans cet article
Les 7 freins en un coup d’œil
Frein n°1 — Vouloir tout prévoir avant d’avancer
« J’adore quand un plan se déroule sans accroc ! »
— Hannibal Smith, L’Agence tous risques
La formule m’a toujours amusé parce que, justement, les plans d’Hannibal ne se déroulaient jamais sans accroc.
Il lui fallait toujours composer avec un imprévu, contourner un obstacle, improviser, changer de tactique.
Et pourtant, l’équipe finissait par atteindre l’essentiel : ce qui comptait vraiment.
C’est là la différence entre prévoir son avenir et se projeter dans l’avenir.
Prévoir, c’est essayer d’anticiper ce qui va se passer.
Se projeter, c’est savoir assez bien où l’on veut aller pour pouvoir changer de chemin lorsque le réel déjoue le plan.
Vous pouvez vous tromper sur le chemin sans vous tromper sur le cap.
Vous pensiez changer de métier d’une certaine manière ? Une autre possibilité apparaît.
Vous imaginiez qu’un projet prendrait deux ans ? Il en demande quatre.
Une étape prévue devient inutile ? Vous la supprimez.
Le plan change. Le cap peut rester le même.
Aucun plan précis à cinq ou dix ans ne survivra intact au réel. Et c’est tant mieux : ce n’est pas son rôle.
Il sert à vous faire avancer assez loin pour voir ce que vous ne pouviez pas encore voir au départ.
Ce que vous pouvez changer
Remplacez :
« Quel est mon plan ? »
par :
Si mon plan changeait, quelle direction voudrais-je malgré tout garder ?
Frein n°2 — Attendre le bon moment pour faire le point - spoiler : il n’arrivera pas
« Je ferai le point plus tard, quand ce sera plus calme. »
Combien de fois me le suis-je dit moi-même :
« Le week-end prochain. »
« Pendant les prochaines vacances. »
« Quand mon rythme ralentira. »
Ce moment parfait n’arrive presque jamais.
Une période chargée en remplace une autre. Une urgence disparaît, une nouvelle surgit.
Le cas d’école :
« Quand les enfants seront plus grands… »
Ils grandiront, bien sûr. Et d’ici là, vous aurez peut-être quelques cheveux blancs de plus, un peu moins d’énergie et davantage de raisons de gémir en vous levant le matin.
Plus sérieusement, rien ne garantit que votre agenda sera devenu plus raisonnable.
Le report n’est d’ailleurs pas toujours qu’une question d’agenda. Quand les besoins des autres passent constamment avant les nôtres, on peut finir par trouver normal de repousser ce qui compte pour soi. La légitimité qu’on s’accorde à prendre du temps pour soi entre alors en jeu.
« Quand les enfants seront plus grands. »
Cette phrase mérite parfois qu’on s’y arrête. Pour certains parents, le problème n’est pas seulement de trouver du temps : c’est aussi de s’autoriser à en réserver pour soi, alors que les besoins des autres semblent toujours passer avant.
Et là, on touche à une autre question : qu’est-ce qui compte réellement pour vous, et quelle place lui accordez-vous dans votre vie ? Nous y reviendrons au frein n°5.
Il existe évidemment des périodes où la marge est objectivement très faible : maladie, deuil, séparation, licenciement, arrivée d’un enfant ou premières années avec des enfants en bas âge.
L’urgence peut alors légitimement passer avant la réflexion.
Faire le point devient parfois beaucoup plus modeste : identifier ce que l’on ne veut plus, ce qu’il faut protéger, ou simplement attendre d’avoir retrouvé un peu d’espace.
Le piège commence lorsque cette période exceptionnelle devient, sans qu’on s’en aperçoive, une raison d’attendre indéfiniment.
Le reste du temps, nous attendons surtout que les conditions soient enfin idéales.
Le bon moment pour faire le point ne se trouve pas. Il se réserve.
Il n’est pas nécessaire d’avoir une journée entière devant soi ni d’avoir réglé tous ses problèmes.
Il faut surtout un espace protégé pour cesser quelques instants de répondre à ce que la journée exige et regarder où vous en êtes.
Si vous attendez que la vie vous laisse spontanément cet espace, elle trouvera presque toujours autre chose à y mettre.
Ce que vous pouvez changer
Choisissez un moment précis cette semaine, puis posez-vous une seule question :
Qu’est-ce qui mérite aujourd’hui que je prenne enfin le temps d’y réfléchir ?
Pas besoin d’en sortir avec une décision.
Frein n°3 — Laisser l’urgence du présent prendre toute la place
« Je n’ai pas le temps de penser à moi. »
« Je cours, mais je ne sais plus après quoi. »
Vous gérez, vous répondez, vous enchaînez.
À la fin de la journée, vous avez peut-être coché dix tâches, réglé trois problèmes et répondu à vingt messages.
Mais vous ne savez plus très bien à quoi tout cela sert.
Le court terme possède un avantage redoutable : il réclame votre attention immédiatement.
Un mail attend une réponse. Une échéance approche. Quelqu’un a besoin de vous. Une tâche terminée procure même cette petite satisfaction rassurante d’avoir avancé.
Réfléchir à votre avenir, en revanche, ne crie jamais aussi fort.
Alors ce qui presse prend progressivement la place de ce qui compte.
À force, le manque de direction finit par peser davantage que le manque de temps.
Les urgences ne décident plus seulement de votre journée. Accumulées pendant des mois ou des années, elles commencent aussi à décider de votre trajectoire.
Ce que vous pouvez changer
Accordez-vous dix minutes par semaine.
Sans téléphone. Sans agenda. Sans liste de tâches.
Une seule question :
Est-ce que ce que je fais en ce moment me rapproche de la vie que je veux construire ?
Pas de grand bilan chaque dimanche. Vérifiez simplement que l’urgence n’a pas pris le volant.
Frein n°4 — Confondre être occupé et avancer dans la bonne direction
« Je suis organisé, mais je tourne en rond. »
« Je planifie tout… sauf ma direction. »
Vous pouvez être très organisé, efficace et productif dans une direction que vous n’avez jamais réellement choisie.
L’agenda est tenu. Les objectifs sont atteints. Le système fonctionne.
Et pourtant quelque chose reste flou.
La to-do list répond très bien à :
« Qu’est-ce que je dois faire ? »
Elle ne répond pas à :
« Pourquoi est-ce que je le fais ? »
Peter Drucker résumait la différence ainsi :
« Efficiency is concerned with doing things right. Effectiveness is doing the right things. »
Autrement dit : bien faire les choses ne garantit pas que l’on fasse les bonnes.
On peut aller très vite dans la mauvaise direction.
On peut même optimiser son quotidien au point de ne plus se demander s’il ressemble encore à ce que l’on veut construire.
Efficace… pour aller où ?
Ce que vous pouvez changer
Avant d’optimiser votre semaine, complétez trois phrases :
Ce que j’ai envie de nourrir…
Ce que je veux préserver…
Ce que je veux construire…
Puis relisez votre agenda de la semaine passée :
Quelles lignes n’ont aucun lien avec l’une de ces trois phrases ?
Le frein n°3 concernait le temps happé par l’urgence.
Ici, le problème est différent : votre temps peut être parfaitement organisé, mais au service d’une direction qui ne vous convient plus.
Frein n°5 — Croire qu’il faut déjà savoir exactement ce que l’on veut
« Je sais ce que je ne veux plus. Mais je ne sais pas encore ce que je veux vraiment. »
« Les autres semblent savoir où ils vont. Moi, non. »
Autour de vous, certains semblent avoir une direction claire, un projet professionnel, des objectifs, parfois même un plan de vie.
Et vous vous dites :
« Je devrais quand même savoir. »
Ne pas encore savoir n’est pas forcément le problème. Croire qu’il faudrait déjà savoir peut l’être.
Lorsque vous cherchez une direction, vous ne partez pas forcément d’une page blanche.
Votre expérience contient déjà des indices.
Qu’est-ce qui vous a réellement plu jusqu’ici ?
Qu’est-ce qui vous a donné de l’énergie ?
Dans quelles activités avez-vous été absorbé au point de ne pas voir le temps passer ?
Qu’avez-vous eu envie de recommencer ?
Dans quels environnements vous êtes-vous senti particulièrement à votre place ?
Ne cherchez pas seulement des activités précises.
Cherchez aussi ce que ces moments avaient en commun : autonomie, création, transmission, apprentissage, relations, défi, sécurité…
C’est souvent ici que la question des valeurs apparaît.
Mais nous nous trompons facilement sur elles.
Nous pouvons croire que nous devrions avoir certaines valeurs et confondre au passage morale et valeurs personnelles.
D’autres nous ont été transmises par notre famille, notre éducation ou notre milieu, alors qu’elles ne nous correspondent plus vraiment aujourd’hui.
Et surtout, cocher “liberté”, “famille”, “respect” ou “créativité” dans une liste ne suffit pas à savoir ce qui compte réellement pour nous.
Notre vie raconte parfois une autre histoire.
Regardez ce que vous choisissez, ce que vous protégez, ce à quoi vous consacrez spontanément du temps, ce qui vous manque lorsqu’il disparaît.
Votre expérience permet de comparer ce que vous dites important avec ce qui semble réellement compter dans votre manière de vivre.
Plutôt que de vous demander immédiatement :
« Qu’est-ce que je veux vraiment faire de ma vie ? »
commencez par :
Qu’est-ce que mon expérience m’a déjà appris sur ce qui me plaît, me donne de l’énergie et compte réellement pour moi ?
Ces indices ne donnent pas encore une destination.
Ils dessinent une direction.
Ce que vous pouvez changer
Séparez une feuille en deux.
D’un côté : ce que je sais déjà — ce que je ne veux plus, ce qui me donne de l’énergie, ce que je veux préserver, les valeurs qui reviennent dans mes expériences les plus satisfaisantes.
De l’autre : ce que je ne sais pas encore — le métier précis, le projet, l’environnement, la forme que cela prendra, la direction exacte que je choisirai ensuite.
Cette séparation évite de transformer un manque de réponse précise en :
« Je ne sais rien de ce que je veux. »
Vous en savez souvent davantage que vous ne le pensez.
Il reste à assembler les indices.
Frein n°6 — Croire qu’il faut choisir entre vivre le moment présent et préparer l’avenir
« Si je pense toujours à demain, est-ce que je ne risque pas de passer à côté d’aujourd’hui ? »
Cette question m’a longtemps posé problème.
Pendant des années, je me suis senti tiraillé entre deux idées qui me semblaient contradictoires : vivre pleinement le moment présent et préparer l’avenir.
D’un côté, le carpe diem : profiter de ce qui existe maintenant plutôt que de passer sa vie à attendre demain.
De l’autre, une évidence que mes finances me rappelaient régulièrement : ce que je fais aujourd’hui — ou ce que je ne fais pas — construit aussi une partie de mon avenir.
Si seul le présent compte vraiment, pourquoi consentir aujourd’hui à l’effort d’épargner et de constituer progressivement un capital ?
À court terme, ne pas épargner change peu de choses.
À dix ou vingt ans, l’écart peut devenir considérable.
Je voyais l’impasse sans parvenir à résoudre la contradiction.
Bien plus tard, ma découverte du taoïsme m’a aidé à regarder le problème autrement.
La pensée du yin et du yang m’a notamment familiarisé avec cette idée : deux réalités apparemment opposées ne s’excluent pas nécessairement ; elles peuvent se compléter.
J’ai alors compris que l’erreur venait du « ou » lui-même.
Je cherchais à répondre à :
Faut-il vivre le moment présent OU préparer l’avenir ?
Il fallait d’abord sortir du cadre imposé par la question.
J’ai développé cette idée dans une édition de Ligne de Mire, la newsletter de ce blog, à travers l’image du fond du panier : lorsqu’aucune des réponses proposées ne fonctionne vraiment, ce n’est pas la réponse qu’il faut changer.
C’est la question.
Ici, remplacer OU par ET change complètement la donne :
Vivre le moment présent ET préparer l’avenir.
La santé le montre très simplement.
Une séance de sport manquée ou un repas moins sain ne bouleversent pas votre vie.
Mais lorsque ces choix se répètent pendant cinq, dix ou vingt ans, leurs effets finissent par apparaître.
Une méta-analyse publiée en 2022 sur la pensée future épisodique a examiné 48 articles consacrés notamment à des arbitrages entre bénéfices immédiats et différés, dans les domaines financier et de la santé. Les auteurs observent que se représenter concrètement un événement futur peut influencer certains de ces choix.
La limite est importante : ces recherches ne montrent pas comment trouver sa direction de vie. Elles indiquent seulement que la façon dont nous nous représentons demain peut modifier certaines décisions prises aujourd’hui.
Et c’est précisément le lien qui nous intéresse ici.
Nos décisions présentes contribuent à construire notre avenir. Et la direction que nous voulons lui donner nous aide, en retour, à mieux choisir aujourd’hui.
Se projeter ne consiste donc pas à quitter le présent pour vivre mentalement dans dix ans.
Il suffit de regarder assez loin pour que cette direction éclaire ce que vous décidez maintenant.
Ce que vous pouvez changer
Lorsque vous hésitez entre ce qui vous convient aujourd’hui et ce qui compte pour plus tard, posez-vous deux questions :
Ce choix améliore-t-il réellement ma vie aujourd’hui, ou m’évite-t-il surtout un effort ou un inconfort ?
Puis :
Si je répète ce choix pendant cinq ans, vers quoi est-ce que je vais ?
Frein n°7 — Avoir peur de se tromper et de choisir la mauvaise direction
« Je préfère attendre d’être sûr. »
« Je préfère ne rien décider plutôt que risquer un mauvais choix. »
Vous sentez qu’il faudrait choisir, mais aucune option n’offre assez de garanties.
« Et si je prenais la mauvaise direction ? »
Derrière cette peur se cache souvent quelque chose de plus lourd : choisir une voie qui vous éloignerait de la vie que vous auriez dû construire.
Une décision professionnelle prend le poids d’un métier pour vingt ans.
Un engagement dans une relation devient une question sur toute votre vie future.
Un projet ressemble soudain à une voie qu’il ne faudra surtout pas regretter.
Plus la décision paraît définitive, plus il devient tentant de ne rien décider.
La peur se cache alors volontiers derrière la prudence :
« J’attends encore un peu. »
« J’ai besoin d’être sûr. »
« Je dois encore réfléchir. »
La garantie de ne pas se tromper n’existe pas.
La vie avance toujours avant la certitude.
Et toutes les décisions n’ont pas pour fonction de trancher définitivement.
Certaines servent surtout à obtenir l’information qui permettra de mieux décider ensuite.
Une direction s’explore. Une hypothèse se teste. Un choix se révise à partir de ce que vous avez appris.
Ce que vous pouvez changer
Transformez le grand choix en choix-test.
Au lieu de demander :
« Est-ce la bonne direction pour moi ? »
demandez-vous :
Cette direction mérite-t-elle d’être explorée suffisamment pour que j’en sache davantage ?
Définissez ce que vous allez essayer, pendant combien de temps, à quelle date vous ferez le point et ce que vous voulez avoir appris.
Par exemple :
« Pendant quatre semaines, j’explore cette piste. Ensuite, je regarde ce que cette expérience m’a appris sur ce que je veux réellement. »
Vous ne signez pas un contrat avec votre futur.
Vous vous donnez assez d’informations pour mieux choisir la suite.
Quiz : quels sont les deux principaux freins qui vous empêchent de vous projeter ?
Vous vous êtes peut-être reconnu dans plusieurs freins.
L’un d’eux vous paraît peut-être évident :
« Mon problème, c’est le manque de temps. »
« Je sais que j’ai peur de me tromper. »
« Je ne sais simplement pas ce que je veux. »
Ce que nous identifions spontanément n’est pourtant pas toujours toute l’histoire.
Le manque de temps peut être réel et, en même temps, masquer une décision que nous repoussons. La peur de se tromper peut se combiner avec l’idée qu’il faudrait déjà savoir exactement ce que l’on veut.
Certains freins se renforcent entre eux.
L’objectif du quiz est donc d’identifier vos deux freins dominants, ceux qui semblent aujourd’hui peser le plus sur votre capacité à avancer.
Faites le test gratuitement
Répondez à 14 affirmations.
Le quiz ne cherche pas à établir un diagnostic ni à vous mettre dans une case. Il met simplement vos réponses en regard des sept freins que nous venons de voir.
Quelques minutes suffisent.
Quels sont vos deux freins dominants ?
Pour chacune des affirmations suivantes, choisissez la réponse qui correspond le mieux à votre situation actuelle. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse.
Gardez ensuite vos deux résultats sous les yeux.
Ils vont vous aider à choisir une manière d’avancer adaptée à ce qui vous retient réellement.
Comment se projeter concrètement dans l’avenir ?
Pour vous projeter concrètement, ne cherchez pas à décider aujourd’hui de toute votre vie. Identifiez ce qui vous maintient immobile, choisissez un cap provisoire dans un domaine précis, puis confrontez-le au réel par une petite expérience. La méthode tient en trois mouvements : comprendre ce qui bloque → choisir un cap → tester et ajuster.
Si vous avez fait le quiz, gardez vos deux freins dominants sous les yeux : la manière d’appliquer ces trois étapes en dépend.
Étape 1 — Identifiez ce que vos freins vous font éviter
Connaître son frein ne suffit pas.
Il faut voir ce qu’il vous fait faire — ou ne pas faire.
Posez-vous cette question :
Quand mes freins prennent le dessus, qu’est-ce que je fais — ou qu’est-ce que j’évite de faire ?
L’urgence prend toute la place ? Vous repoussez le moment de réfléchir à la suite.
Vous avez peur de vous tromper ? Vous comparez encore au lieu d’explorer.
Vous pensez devoir déjà savoir ce que vous voulez ? Vous écartez les pistes encore incertaines.
Vous voulez tout prévoir ? Vous attendez d’être rassuré avant de commencer.
Terminez maintenant cette phrase :
Quand mes freins prennent le dessus, j’ai tendance à ______ plutôt qu’à ______.
Pour l’instant, ne cherchez pas la solution.
Rendez visible ce qui vous maintient immobile.
Étape 2 — Choisissez un cap provisoire
Un cap n’est pas un plan à cinq ans. C’est une direction assez claire pour éclairer vos décisions présentes.
Vous n’avez pas à décider :
« Dans trois ans, j’exercerai tel métier dans telle entreprise. »
Vous pouvez commencer par :
« J’ai envie d’une vie professionnelle avec davantage d’autonomie, moins d’urgence et plus de place pour les projets qui m’intéressent. »
Pour faire apparaître votre cap, partez de trois repères :
Qu’est-ce que je veux préserver ?
Ce qui fonctionne déjà et que vous ne voulez pas perdre.
Qu’est-ce que j’aimerais voir prendre davantage de place ?
Plus de temps, d’autonomie, de calme, de création, de relations…
Qu’est-ce que j’aimerais commencer à construire ?
Quelque chose qui n’existe pas encore vraiment dans votre vie.
Puis formulez :
« Pour l’instant, j’ai envie d’aller vers… »
Votre réponse peut évoluer.
Un cap doit être assez clair pour guider une décision présente, sans prétendre prédire toute votre vie.
Étape 3 — Testez votre cap dans les 7 prochains jours
Ne cherchez pas encore à savoir si cette direction est « la bonne ».
Demandez-vous :
Quelle petite expérience pourrait m’apprendre quelque chose sur cette direction ?
Une bonne expérience est petite, concrète, rapide et instructive.
Elle ne sert pas à prouver que vous avez raison.
Elle sert à obtenir une information que vous n’aviez pas avant.
Par exemple : parler avec quelqu’un qui exerce un métier qui vous attire, réserver deux heures à un projet personnel, essayer une activité, tester une organisation différente pendant quelques jours…
Choisissez ensuite l’expérience en fonction de votre frein dominant :
| Votre frein dominant | L’expérience à privilégier |
|---|---|
| Vouloir tout prévoir | Quelque chose de court, peu engageant et facilement réversible |
| Attendre le bon moment | Une action avec une date précise dans les prochains jours |
| L’urgence prend toute la place | Du temps bloqué dès maintenant dans votre agenda |
| Être occupé sans direction | Une action directement reliée à votre cap, pas une tâche de plus |
| Ne pas savoir ce que l’on veut | Une expérience destinée surtout à apprendre quelque chose sur vous |
| Opposer présent et futur | Une expérience qui a aussi du sens dans votre vie aujourd’hui |
| Avoir peur de se tromper | Une durée limitée et une date de revue fixée à l’avance |
Puis revenez à une question simple :
Quelle action puis-je réaliser dans les sept prochains jours pour en savoir davantage sur cette direction ?
Fixez aussi la date à laquelle vous regarderez ce que cette expérience vous a appris.
Après l’expérience : cap → expérience → apprentissage → cap ajusté
Ne demandez pas seulement :
« Est-ce que j’ai réussi ? »
Demandez plutôt :
Qu’est-ce que cette expérience m’a appris ?
Mon cap devient-il plus clair, reste-t-il le même ou mérite-t-il d’être ajusté ?
Le but n’est pas d’avoir raison sur votre avenir. C’est de ne plus le laisser se construire entièrement par défaut.
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Ce que les recherches nous apprennent sur notre rapport à l’avenir
Se projeter dans l’avenir n’est pas seulement une question de motivation ou d’organisation. En psychologie cognitive, la capacité à imaginer des événements futurs — appelée notamment pensée épisodique future — participe à la manière dont nous construisons des objectifs et préparons nos choix.
Une publication française consacrée à la projection vers le futur souligne notamment son rôle dans l’adaptation et la construction d’objectifs personnels. Autrement dit, imaginer demain peut aussi aider à orienter ce que nous faisons aujourd’hui.
Lire l’étude — Charretier, Eustache & Quinette, Annales Médico-psychologiques, 2022
Une méta-analyse publiée en 2022 et portant sur 48 articles s’est intéressée à l’effet de la pensée future sur certains choix présents. Les résultats montrent qu’imaginer concrètement des événements futurs peut influencer certains arbitrages entre un bénéfice immédiat et un bénéfice plus lointain, notamment lorsque l’événement imaginé est positif, vivement représenté et lié au choix différé.
La manière dont nous regardons demain peut déjà influencer certaines décisions que nous prenons aujourd’hui.
Lire la méta-analyse — Rösch, Stramaccia & Benoit, 2022
À l’inverse, lorsque l’avenir paraît incertain, nous pouvons naturellement nous recentrer sur le présent. Dans Ipsos Global Trends 2025, 76 % des Français déclarent vivre pour aujourd’hui parce que l’avenir leur paraît incertain, contre 66 % à l’échelle des 43 pays interrogés.
Ce chiffre éclaire bien le paradoxe rencontré dans cet article : penser au futur peut nous aider à choisir une direction, mais lorsque l’avenir paraît trop incertain ou trop difficile à maîtriser, il devient tentant de ne plus regarder au-delà du présent.
Voir Ipsos Global Trends 2025 — résultats France et méthodologie
L’enjeu n’est donc pas de penser davantage à l’avenir.
Il est de disposer d’une direction suffisamment claire pour agir aujourd’hui, sans chercher à tout prévoir.
cap → expérience → apprentissage → cap ajusté
FAQ — Se projeter dans l’avenir
Pourquoi je n’arrive pas à me projeter dans l’avenir ?
Plusieurs freins peuvent se combiner : peur de faire le mauvais choix, quotidien absorbant toute votre attention, besoin d’être certain avant d’avancer, difficulté à savoir ce que vous voulez.
Commencez par identifier ce qui vous empêche aujourd’hui de regarder la suite.
Comment se projeter quand on ne sait pas ce qu’on veut ?
Commencez par votre propre expérience.
Regardez ce qui vous a réellement plu, donné de l’énergie ou envie de recommencer, puis cherchez les points communs entre ces expériences.
Votre vie contient déjà des indices sur ce qui compte pour vous.
Faut-il trouver sa « mission de vie » pour se projeter ?
Non.
Chercher absolument une vocation unique peut ajouter de la pression alors qu’une vie peut comporter plusieurs périodes, plusieurs projets et plusieurs manières de trouver du sens.
Un cap provisoire suffit pour avancer.
Peut-on vivre dans le moment présent tout en préparant l’avenir ?
Oui.
Présent et avenir ne sont pas deux choix opposés.
Le futur éclaire les décisions du présent. Et les décisions du présent construisent le futur.
Comment se projeter quand penser à l’avenir provoque de l’angoisse ?
Réduisez l’horizon.
Vous n’avez aucune obligation de vous imaginer précisément dans dix ou vingt ans.
Commencez par quelques mois ou quelques jours : qu’est-ce qui mérite aujourd’hui votre attention, et quelle petite chose pouvez-vous explorer cette semaine ?
Si l’angoisse devient envahissante ou persistante, elle mérite en revanche d’être abordée avec un professionnel de santé.
Comment se projeter dans son avenir professionnel ?
Commencez moins par un intitulé de métier que par la manière dont vous voulez travailler.
Davantage d’autonomie ? Moins d’urgence ? Plus de sécurité, de créativité, de relations humaines ou d’apprentissage ?
Cherchez ensuite une manière d’explorer cette direction sans bouleverser immédiatement votre situation : échange avec un professionnel, formation courte, projet parallèle, nouvelle organisation…
Quelle différence entre se projeter, prévoir et planifier ?
Prévoir, c’est essayer d’anticiper ce qui va arriver.
Planifier, c’est organiser les étapes permettant d’atteindre un résultat.
Se projeter, c’est imaginer une direction ou plusieurs futurs possibles pour éclairer les choix que vous faites aujourd’hui.
Vous pouvez donc vous projeter sans prévoir précisément votre avenir — et choisir un cap avant d’avoir construit un plan détaillé.
Vous voulez passer de la réflexion à votre propre situation ?
Revenir au guide « Votre cap en 30 minutes » →

2 réflexions sur “Se projeter dans l’avenir: 7 freins mentaux qui bloquent votre vision … et comment les dépasser”
Merci pour cet article très utile et instructif. Il m’a vraiment beaucoup aidé
Bonjour Rose,
Je suis content que cet article vous a été utile.
Continuez d’avancer sur votre propre chemin.
Christophe