Pression
LA SÉRIE D’ÉTÉ
Avancer sur ce qui compte, sans avoir à lutter contre soi-même
ÉPISODE 2/5
Bonjour à tous,
J’espère que vous allez bien !
Dans le premier épisode de cette série, nous avons commencé par une question :
comment savoir ce qui compte vraiment ?
Nous avons vu que nos déclarations et nos intentions ne disent pas toujours tout.
Notre vie nous renseigne.
Elle nous renseigne par l’endroit où vont notre temps, notre attention, notre énergie. Par ce vers quoi nous revenons volontiers. Par ce que nous protégeons aussi.
Mais notre vie n’est pas la seule à nous renseigner.
Nos mots aussi.
Et il y en a trois que nous utilisons souvent sans vraiment les entendre :
« Je dois… »
« Il faut que… »
« Je devrais… »
Ces phrases paraissent anodines.
Raisonnables, même.
Mais parfois, elles en disent beaucoup sur ce que nous avons appris à considérer comme important.
Et sur la manière dont nous nous tenons sous pression.
Aujourd’hui, je vous propose donc d’écouter un peu mieux nos « je dois ».
Quand nos « je dois » deviennent des coups de fouet
Il y a quelque temps, une amie m’a demandé de relire un mémoire qu’elle écrivait dans le cadre d’un coaching.
Le sujet portait sur sa manière d’atteindre ses objectifs.
Sur le papier, c’était exactement le genre de sujet qui m’intéresse : objectifs, motivation, passage à l’action, clarté, engagement.
Mais dès les premières pages, j’ai senti un malaise.
Pas un simple désaccord intellectuel. Quelque chose de plus physique.
Comme si le texte se resserrait autour de moi. Comme si, phrase après phrase, l’air devenait plus rare.
J'ai vite compris pourquoi. À chaque page, tout était construit autour de formules comme :
« Il faut clarifier son objectif. »
« Nous devons définir un cadre précis. »
« Il faut maintenir une discipline constante. »
« Je dois m’engager pleinement. »
« Nous devons rester alignés avec la méthode. »
Et le clou du spectacle est arrivé un peu plus loin. Même les post-it doivent respecter des règles ! Il ne suffit pas de les utiliser pour faire émerger une idée, clarifier une étape ou poser une intention.
Non.
Les post-it doivent avoir la bonne taille. Sinon, Verboten !
À ce moment-là, j’ai compris que le problème n’était pas forcément la méthode.
Le problème était l’air que respirait la méthode.
Tout disait : contrôle, contrainte, surveillance, correction.
Ce n’était plus un mémoire sur les objectifs.
C’était une petite administration intérieure.
Quand les mots nous tiennent sous pression
Ici, vous l’aurez compris, le sujet n’est pas l’obligation.
Une obligation peut être saine.
Une responsabilité peut être belle.
Un engagement peut être structurant.
Le vrai sujet, c’est quand nos mots deviennent des fouets.
Quand ils ne nous aident plus à avancer, mais à nous tenir sous pression.
Quand ils ne disent plus :
“voici ce qui compte”.
Mais plutôt :
“prouve que tu es sérieux.”
“montre que tu es à la hauteur.”
“ne déçois pas.”
“ne ralentis pas.”
“ne laisse pas voir que tu doutes.”
“sois irréprochable.”
À ce moment-là, ce n’est plus seulement un objectif qui nous guide.
C’est une image de nous-mêmes que nous essayons de défendre.
Ce que nos “je dois” révèlent vraiment
Il y a une différence énorme entre :
“Je dois être discipliné.”
et :
“J’ai besoin de retrouver du focus.”
La première phrase me désigne comme le problème.
Elle parle de caractère.
De manque.
De faiblesse.
De défaut à corriger.
La seconde ouvre une autre porte.
Elle ne dit pas que je suis incapable.
Elle dit qu’une condition manque.
Et cette différence change tout.
Car si une condition manque, alors il ne s’agit plus seulement de se juger.
Il s’agit de regarder ce qui a besoin d’être protégé, clarifié ou réorganisé.
La question de la semaine
Cette semaine, repérez une phrase qui revient souvent.
« Je dois… »
« Il faut que… »
« Je devrais… »
N’essayez pas immédiatement de la corriger.
Demandez-vous simplement :
D’où vient cette phrase ?
Qu’est-ce qu’elle me demande de considérer comme important ?
Et est-ce encore important pour moi aujourd’hui ?
Si je le faisais pas, qu’est-ce qui pourrait se passer ? Comment y faire face?
Ne cherchez pas à tout trancher.
Certaines obligations resteront parfaitement justes.
D’autres commenceront peut-être à perdre un peu de leur autorité.
Et c’est déjà beaucoup.
La citation de la semaine · épisode 3/5
Et pour terminer, je vous laisse avec Montaigne. Il disait cela bien avant nos “je dois”, nos to-do lists et nos post-it réglementaires :
« La plus grande chose du monde, c’est de savoir être à soi. »
— Michel de Montaigne, Essais
Le prochain épisode 3/5
Même lorsque nous commençons à voir plus clairement ce qui compte pour nous, une autre difficulté apparaît.
Nous pouvons encore vouloir poursuivre trop de choses à la fois.
Parce que tout semble utile.
Tout semble légitime.
Tout semble important.
Mais tout ce qui compte un peu peut-il vraiment prendre la même place que ce qui compte vraiment ?
C’est ce que nous regarderons dans le prochain épisode.
Dans les coulisses de la nouvelle édition
En reprenant le chapitre 3 de L’Art de la volonté, consacré aux pièges de la volonté, j’ai beaucoup repensé à ces « je dois ».
À cette manière que nous avons parfois de conclure trop vite : « je manque de discipline », « je devrais être plus fort », « il faut que je me reprenne en main ».
C’est aussi l’une des idées que j’ai voulu retravailler dans cette deuxième édition : avant de chercher à vouloir plus fort, regarder plus attentivement ce qui se joue derrière nos efforts.
La nouvelle édition paraîtra le 10 septembre.