Recul
Quel est votre panier de pêches ?
Bonjour, j’espère que vous allez bien.
Il y a un piège dans lequel je tombe encore parfois.
Il m’arrive de passer beaucoup trop de temps sur un problème simplement parce que je suis persuadé qu’il doit bien avoir une solution.
Le plus agaçant, c’est que je peux sentir que je tourne en rond… tout en continuant à tourner.
Peut-être que vous connaissez ça aussi.
Avec le temps, j’ai appris à me méfier de ces moments-là.
Parce que certains problèmes ne demandent pas qu’on réfléchisse davantage.
Ils demandent qu’on regarde autrement ce qu’on appelle « le problème ».
Et surtout qu’on repère la contrainte devenue tellement évidente qu’on ne pense même plus à la questionner.
Le problème que personne ne voyait
En 1891, l’hiver est particulièrement rude dans le Massachusetts.
James Naismith, professeur d’éducation physique, cherche un moyen de faire bouger ses étudiants sans les envoyer dehors.
Il s’inspire alors d’un jeu local : lancer une balle dans des paniers à pêches, très répandus dans la région. Il en fixe deux aux balustrades situées de chaque côté du gymnase, répartit ses étudiants en deux équipes et leur donne un ballon.
La règle est simple : envoyer le ballon dans le panier adverse.
Le jeu plaît.
Mais il présente rapidement un défaut assez gênant : chaque fois qu’un joueur marque, le ballon reste au fond du panier.
Il faut interrompre la partie, monter sur une échelle, récupérer le ballon, redescendre, puis recommencer.
Alors tout le monde cherche une solution.
Comment récupérer le ballon plus rapidement ?
On améliore le système. On imagine différents mécanismes. Un ingénieur va même jusqu’à concevoir une machine permettant d’éjecter le ballon depuis le sol.
Ingénieux.
Mais toujours compliqué.
Quelques années plus tard, un petit garçon passe avec son père près d’un groupe en train de jouer.
Il regarde les adultes interrompre le jeu, récupérer le ballon et recommencer.
Puis il demande :
« Pourquoi se compliquer autant la vie ? Il suffit d’enlever le fond du panier, non ? »
Un joueur va alors chercher une scie.Le fond disparaît.Le ballon traverse désormais le panier !
Et le problème disparaît avec lui.
Ce jeu venait de trouver la forme que nous lui connaissons aujourd’hui.
Son nom ?
Le basketball.
La bonne réponse… à la mauvaise question
Tout le monde cherchait une meilleure manière de récupérer le ballon.
L'enfant lui, avait fait autre chose : il avait changé la question.
On n’était plus à : comment récupérer le ballon plus rapidement ?
Mais : pourquoi récupérer le ballon !?
Et derrière cette question, une autre apparaissait : pourquoi ce panier doit-il avoir un fond ?
C’est ce passage qui m’intéresse.
Parce que nous faisons régulièrement la même chose.
Nous cherchons par exemple, comment trouver davantage de temps, être plus efficace.
Rarement ce qui pourrait disparaître de notre agenda.
Nous cherchons comment être mieux préparés avant de commencer.
Rarement si nous avons réellement besoin d’être aussi prêts que nous le pensons.
On parle facilement de « sortir du cadre » de "think out the box".Mais le vrai problème est souvent ailleurs : nous ne voyons même plus le cadre.
Plus nous travaillons longtemps sur un problème, plus certaines contraintes deviennent invisibles.Nous ne les examinons plus. Nous raisonnons à partir d’elles.
Le fond du panier faisait simplement partie du problème. Jusqu’à ce qu'un enfant fasse ce qu'aucun adulte n'a fait: simplifier !
Quand toutes mes solutions commencent à se ressembler
Il y a un signal auquel je fais de plus en plus attention. Je cherche plus de temps. Plus d’effort. Plus d’informations. Une meilleure méthode. Ou simplement une nouvelle variante de ce que j’ai déjà essayé.
À première vue, ce sont des solutions pertinentes.
Mais elles ont souvent quelque chose en commun : elles acceptent toutes les mêmes contraintes de départ.
C’est souvent à ce moment-là que je sais qu'il est temps d'arrêter de chercher une solution supplémentaire.
Et prendre suffisamment de distance pour regarder ce que toutes mes solutions ont en commun.
Qu'est ce que je peux simplifier ?
Quand la bille reste coincée dans la même zone du flipper
J’ai retrouvé cette idée, sous une autre forme, dans le cours Learning How to Learn de Barbara Oakley et Terrence Sejnowski.
Oakley distingue notamment deux manières de penser : le mode focalisé et le mode diffus.
Imaginez une bille de flipper.
Lorsque nous sommes très concentrés sur un problème, elle rebondit rapidement entre des obstacles proches. Nous utilisons les chemins mentaux que nous connaissons déjà.
C’est très utile tant que ces chemins permettent d’avancer.
Mais lorsqu’ils nous ramènent toujours au même endroit, se concentrer davantage ne crée pas forcément de nouvelles possibilités.
Il peut être plus utile de relâcher momentanément l’attention.
Marcher.
Faire du sport.
Passer à autre chose.
Laisser suffisamment de distance pour que ce qui semblait évident redevienne visible.
La réponse ne vient pas ? Enlevez le fond du panier !
C’est quelque chose que j’utilise de plus en plus.
Je réfléchis d’abord sérieusement au problème. Je réunis les informations, je teste quelques pistes. Quand je bloque je me pose la question : où est le fond du panier de pêches? Quelle est la vraie question ?
Puis je passe à autre chose.
Je vais marcher.
Je fais du sport.
Parfois, il ne se passe rien les premiers temps.
Mais assez souvent, un jour ou deux jours plus tard, je reviens avec une autre question, une autre manière de regarder le problème.
Le défi de la semaine : laissez la question travailler
Prenez un problème sur lequel vous tournez actuellement en rond.
Et posez-vous simplement ces deux questions :
Où est le fond du panier que je ne vois plus ?
Qu’est-ce que je peux simplifier ?
Une contrainte que vous considérez comme évidente.
Un « il faut ».
Un « je dois ».
Un « je n’ai pas le choix ».
Si vous manquez de temps, par exemple, ne cherchez pas immédiatement comment en trouver davantage.
Demandez-vous plutôt :
Qu’est-ce qui n’a peut-être plus besoin d’être là ?
Et si vous ne voyez toujours pas votre fond de panier, racontez votre problème à quelqu’un qui n’en connaît pas les règles.
Quelqu’un qui pourra encore vous demander, avec des yeux d’enfant :
« Mais pourquoi faut-il faire comme ça ? »
Puis arrêtez de chercher.
Allez marcher.
Faites du sport.
Occupez-vous d’autre chose.
Laissez la question diffuser pendant au moins 48 heures.
Et voyez ce qui revient.
Pas nécessairement une meilleure réponse.
Peut-être simplement une contrainte que vous aviez cessé de questionner.
Un fond de panier que vous ne voyiez plus.
La citation de la semaine
« Vous ne pouvez pas creuser un trou ailleurs en continuant simplement à creuser plus profondément le même trou. »
— Edward de Bono
Quelques nouvelles de L’Art de la volonté
Je vous ai beaucoup parlé de L’Art de la volonté ces dernières semaines. Aujourd’hui, je voulais simplement vous donner quelques nouvelles.
Le 18 septembre, huit jours après sa sortie, le livre figurait à la 13e place des meilleures ventes Amazon dans la catégorie « Prise de décision ».
J’avoue que voir L’Art de la volonté apparaître là m’a fait sacrément plaisir.
Et la catégorie me plaît particulièrement : choisir est justement l’un des trois pouvoirs de la volonté dont je parle dans le livre.
Si vous l’avez acheté, recommandé, partagé ou si vous en avez parlé autour de vous, vous avez contribué à cette belle étape. Merci.
Vous ne l’avez pas encore découvert ? Il est disponible en version Kindle et brochée.
Prochain rendez-vous
Le prochain épisode de Ligne de Mire sortira le vendredi 23 octobre 2026.