Apprendre la gratitude aux enfants : pourquoi, comment ? Un témoignage

les gratitudes sont des soleils dans ta vie

Apprendre la gratitude aux enfants est un vrai défi dans une époque marquée par la surconsommation et les sollicitations permanentes. Si, comme beaucoup de parents, vous souhaitez transmettre des valeurs familiales fortes, cultiver l’éducation bienveillante, renforcer l’intelligence émotionnelle de vos enfants ou instaurer des rituels du soir simples mais puissants, ce témoignage est fait pour vous. À travers cette discussion, Nathalie, professeur des écoles,  partage son expérience : les défis rencontrés, les réactions des enfants, et surtout, les bénéfices observés sur leur bienveillance, leur politesse et leur épanouissement au quotidien. Elle nous explique comment, grâce à des outils concrets et une éducation positive, elle a réussi à intégrer la gratitude dans sa classe, transformant ainsi la manière dont les enfants interagissent et apprennent à dire « merci » avec sincérité.

Si vous vous demandez comment encourager un enfant à exprimer sa reconnaissance, à développer sa conscience de soiet à cultiver un véritable respect pour les autres, cette interview vous apportera des clés essentiellesPlongez dans cette mise en pratique inspirante et découvrez comment cette approche peut être appliquée à la maison comme à l’école !

Je voulais instaurer un climat de bienveillance en classe, en mettant l’accent sur la reconnaissance et les valeurs positives plutôt que sur la sanction."

Pourquoi apprendre la gratitude aux enfants ?

 

Nathalie : En classe, avant, je mettais des tableaux de comportement. Ça ne me plaisait pas. J’ai toujours eu du mal avec les systèmes classiques de gestion du comportement, où l’on met en avant les fautes plutôt que les réussites.

Je voulais instaurer un climat de bienveillance en classe, en mettant l’accent sur la reconnaissance et les valeurs positives plutôt que sur la sanction. Récompenser les élèves, les féliciter.

J’ai commencé à faire des phrases en permanence :« les premiers enfants qui sont assis, je vous félicite, vous êtes tout de suite venus vous assoir. Bravo à ceux qui sont prêts », donc vraiment dans la félicitation et l’encouragement.

Comment apprendre aux enfants à féliciter et remercier les autres ?

 

Nathalie : Ce que je voulais, c’est qu’ils se décentrent d’eux-mêmes. Qu’ils apprennent, eux aussi, à remercier, féliciter parce que, en fait, les parents passent le temps à les féliciter ! « Ton dessin est beau ».

Mais eux, est-ce que de temps en temps, ils félicitent leurs parents, leurs proches ? Chaque vendredi, nous faisons « le bilan du vendredi ». La première fois, je leur propose, je leur dis, est-ce que déjà, vous avez dit maman, « le repas que tu as préparé est très bon ». « Je te remercie d’avoir préparé mon vélo pour qu’on puisse aller se promener”.

Comment as-tu instauré un rituel de gratitude avec les enfants ?

 

Nathalie : Tous les vendredis, nous pratiquons la gratitude de manière concrète. Une fois les cartables prêts et l’esprit libéré, nous formons un cercle pour que chacun puisse voir et entendre les autres. Je lance alors le rituel en demandant : « Qui veut commencer les remerciements ? ».

La phrase clé est toujours la même : « Aujourd’hui, je voudrais remercier… ». Au début, les élèves se tournent vers leurs amis de la récréation, car c’est ce qui leur vient naturellement.

Puis, au fil des échanges et des semaines, les remerciements s’élargissent. On fait un 2ᵉ tour, un enfant  va dire :« Ben moi, je voudrais remercier untel parce que je suis tombé dans la cour et il m’a accompagné pour me faire soigner », il y en a un autre qui rebondit. « Ah bah moi aussi, quand je suis tombé … »

 Et petit à petit au fil de l’année, progressivement, on prend conscience des petits actes de gentillesse qui nous entourent, on apprend à les valoriser et à remercier de plus en plus ses camarades.

Au début, les élèves se concentraient sur des remerciements immédiats, souvent liés à la récréation. Mais aujourd’hui, leur vision s’élargit.

Comment la gratitude des enfants évolue-t-elle avec le temps ?

 

Nathalie :Au début, les élèves se concentraient sur des remerciements immédiats, souvent liés à la récréation.

Mais aujourd’hui, leur vision s’élargit : ils expriment leur reconnaissance envers le chef de la cantine pour un bon repas, l’ATSEM ((assistant de l’enseignant) pour son aide, ou même moi après une activité appréciée. On a fait de la peinture, on a fait une sortie.

Au début, ils étaient dans un horizon de temps limité, c’est-à-dire qu’ils n’arrivaient pas à se projeter plus loin que la demi-journée dans les remerciements. Ils apprennent à se projeter au-delà de l’instant présent et à prendre conscience des gestes bienveillants qui rythment leur quotidien.

Comment aider les enfants à se souvenir des moments de gratitude ?

 

Nathalie :Pour les accompagner, je leur demande maintenant de réfléchir aux moments positifs de toute la semaine et pas seulement à ceux du jour. C’est un exercice difficile pour des enfants de cinq ans, mais il les entraîne à prendre du recul et à élargir leur perception de la gratitude.

Que faire si un enfant ne trouve pas d’idée de remerciement ?

 

Nathalie :Ce n’est pas grave ! Lors du premier tour, certains élèves disent : « Je n’ai pas d’idées. » Dans ce cas, je leur propose d’écouter les autres et d’y réfléchir. Très souvent, après quelques échanges, un enfant lève la main et s’exclame : « Ça y est, j’ai une idée ! ».

L’inspiration vient en écoutant les autres, et même si un enfant reprend un remerciement déjà exprimé, ce n’est pas un problème. Parce que en réalité ça fait écho. Que tu copies ce que dit l’autre, je ne trouve pas cela gênant ! Le but, c’est de s’inscrire dans la démarche, accepter de parler à voix haute, accepter de dire : « je remercie quelqu’un, je voudrais que…”L’important est d’oser s’exprimer, de s’impliquer dans la démarche et de développer cette habitude de reconnaissance.

Comme je te le disais, au début, c’est vraiment un exercice difficile pour eux. Ils sont dans l’immédiateté. Et donc, c’est apprendre à voir un peu plus loin que la journée.

Les enfants sont-ils devenus plus reconnaissants ?

 

Nathalie : J’ai observé un vrai changement dans leurs attitudes : lorsqu’un camarade tombe, un autre se précipite spontanément pour l’aider à se faire soigner. Ils deviennent plus solidaires et attentifs aux besoins des autres.

Aussi, je mets en place un outil système qui s’appelle « les jokers », qui sont toutes les actions gratuites.

ils apprennent, eux aussi, à remercier, féliciter parce que, en fait, les parents passent le temps à les féliciter !

Quel est le rôle des « jokers » dans cet apprentissage ?

 

Nathalie : J’ai mis en place un système appelé « les jokers », qui valorise les gestes gratuits. Par exemple, lorsqu’un enfant voit un objet par terre, il peut choisir de le ramasser immédiatement au lieu de passer devant plusieurs fois.

Au début, tous se précipitaient pour ramasser chaque petit objet dans l’espoir d’être félicités, mais l’idée est justement de leur apprendre à agir sans attendre de récompense. Très vite, j’ai trouvé des gommes rangées dans la boite des objets perdus.

Au départ, quand tu mets ça en place, tout le monde va ramasser tout ce qui traîne par terre, mais ce n’est pas grave. Là, je vous félicite, je vous remercie, mais il n’y aura pas toujours des jokers !  Cela leur sert à apprendre à faire des choses sans vouloir avoir un merci ou un joker !

Les enfants peuvent-ils apprendre à être bienveillants sans attendre de reconnaissance ?

 

Nathalie: Oui, mais cela demande du temps. Ils viennent toujours me dire ce qu’ils ont fait, car ce n’est pas habituel pour eux de poser des gestes d’adultes sans validation extérieure. Cependant, cela s’arrête là : ils ne réclament pas forcément une récompense ou un joker.

J’ai aussi remarqué qu’ils deviennent de plus en plus aidants, qu’ils prennent l’initiative de se soutenir entre eux sans que cela soit demandé. Pour aller plus loin dans cette démarche, j’ai mis en place un outil appelé « la quête de la vérité », qui les aide à mieux comprendre les émotions des autres et à renforcer leur empathie.

Qu’est-ce que « la quête de la vérité » et comment l’as-tu mise en place ?

 

Nathalie : Je me suis inspirée des accords toltèques.

Un copain passe devant moi, c’était mon super copain. Aujourd’hui. Il me fait une tête de quatre pieds. Je ne me dis pas : « mince, je n’ai pas partagé mon goûter avec lui, c’est pour ça que ça ne va pas ». Et, bien, je vais le voir, « je trouve que je trouve que tu as l’air triste ce matin. Qu’est-ce que tu as ? »

Quand ils sont en récréation, si un enfant est seul, si un enfant est triste, je leur dis : « je veux que vous alliez voir cet enfant, et lui demander ce qui lui arrive. »

Il revient et me dit :  » Je suis allé faire la quête de la vérité. Je pourrais aller chercher un joker ? ». Je leur dis : « attention, à un moment donné, il n’y en aura plus », et en fait cela devient automatique. Ce n’est pas inculqué à la maison. Si ce n’est pas expliqué à la maison, ça ne peut pas être spontané. Par conséquent, il faut tolérer qu’au départ, on met en place quelque-chose avec une récompense.

La gratitude est dans tous les aspects de la vie. Envers soi-même, savoir se remercier pour ne pas avoir de jugement négatif sur soi-même."

 

Pourquoi t’es-tu intéressée à la gratitude ?


Nathalie
 : alors au départ, je dirais que c’était pédagogique vis-à-vis de mon fils Clément. On partait en voiture le matin pour aller à l’école. On roulait face au soleil. Je lui disais d’observer la beauté de la nature.

Sur le bon chemin  :C’est important pour toi la nature ?

Nathalie : C’est vrai que j’admire énormément la nature. Je sais. Je trouve qu’observer la nature, avoir un émerveillement de la nature. C’est quelque part déjà une gratitude d’avoir cette chance de l’avoir, et de la voir. Et donc je disais Clément ; « apprends à observer autour de toi, apprends à voir les choses ». Maintenant, je le vois, il met des posts sur Instagram avec juste le mot « merci »…

Et pour toi maintenant, que t’apporte la gratitude  ?

 

Nathalie : les journées peuvent parfois être fades, la gratitude, ça embellit ! Ça embellit. Oui, c’est ça, je dirai que ça embellit le quotidien.

Si quelqu’un fait quelque chose pour moi, j’ai toujours su dire merci. Quelqu’un vient m’aider à faire des travaux. Je ne considère pas que c’est un acquis, car cette personne, elle a pris du temps. Tu vois, plusieurs fois, on a fait des travaux dans l’appartement. La personne dit souvent « mais arrête de me dire merci». Je lui ai alors répondu :« mais tu ne te rends pas compte, tu as pris sur ton temps. Tu es venu pendant ce temps-là, tu n’étais pas avec ta compagne, tu étais ici à la maison. Et, ça a pris 10 jours !”

Sur le bon chemin : c’est une forme de reconnaissance, vu que l’autre a passé du temps pour quelque chose qui était important pour toi ?
Nathalie : oui, c’est ça, quelqu’un est venu une fois m’aider à organiser la classe. Je l’avais remerciée. Elle m’avait répondu en me disant « merci à toi, pour ta gratitude ! »

Sur le bon chemin : mais c’est incroyable, ça !  Comme si les bonnes ondes se transmettaient, exactement comme le décrivait Pascal Ide, que je citais quand j’ai écrit l’article sur la pratique de la gratitude : nous recevons un don, ce don nous apporte une joie, et ce même don pousse à donner en retour…

Nathalie : oui, et j’ai encore un autre exemple. J’invite régulièrement les parents d’élèves à venir voir le travail dans la classe. J’ai déjà fait 11 personnes, j’ai eu une seule personne qui m’a écrit un mot en exprimant ce qu’elle a ressenti, le fait d’avoir été acceptée dans la classe et pour ce qu’elle a vu. À son mail de remerciement, je lui ai écrit ceci : « c’est moi qui vous dit merci. Merci d’être venu. Et quand vous partez de la classe et que vous me dites merci, c’est une chose. Mais quand vous avez pris le temps de m’écrire un mot, ça n’a rien à voir ! ».

 

Les gratitudes sont des soleils dans ta journée.

Alors la gratitude, stop ou encore ?

 

Nathalie : eh bien, on va dire encore ! Pour moi, c’est une reconnaissance. Que ce soit moi qui la donne ou moi qui la reçois. En plus, on est dans une société tellement égoïste, que les gratitudes sont des soleils dans ta journée. 

C’est vraiment un soleil dans la journée, tu peux avoir passé une journée nulle, mais à un moment donné, on vient te dire :« Tu sais, je te remercie vraiment parce que tu m’as pris la classe ce matin et j’étais débordé ». Et là, ta journée change de couleur !

Je voulais aussi revenir sur le fait de pratiquer la gratitude trois fois par jour, comme j’avais découvert le livre 3 kifs par jour (2). Au début, j‘ai trouvé ça très bien. Mais rapidement, j’ai ressenti de la frustration !

Sur le bon chemin :Ce sont les fameux  « pièges » dans la pratique gratitude

 

Nathalie : il me vient d’autres choses sur la gratitude. Je dis que la magie opère quand la gratitude est auto personnelle,

Auto personnelle et surtout pour la femme. En tant que femme, on a des clichés sociétaux qui font que de toute façon, on ne se trouvera jamais à la hauteur. Et si un jour, tu trouves bien dans cette jupe, et bien tu as le droit de te le dire. C’est un auto-remerciement c’est. Oui, c’est ça.

Comment intègres-tu la gratitude dans les autres aspects de ta vie ? Un dernier mot, conseil pour nos lecteurs ?

 

Nathalie : oui, la gratitude est dans tous les aspects de la vie. Envers soi-même, savoir se remercier pour ne pas avoir de jugement négatif sur soi-même. Apprendre à être positive vis-à-vis de soi-même, envers ses proches. Quand on vit avec une personne, c’est important. Si on ne partage rien, ça ne peut pas durer. Et on a besoin de la gratitude pour avancer dans son environnement personnel et professionnel. Voilà !

Sur le bon chemin : merci à toi, Nathalie pour ce très beau partage.

Si vous souhaitez aller plus loin dans la pratique de la gratitude

votre carnet de gratitude : 30 jours pour retrouver joie et sérénité 

sur les pièges quand on débute la pratique de la gratitude :

voir 3 exercices pour pratiquer le gratitude  au quotidien :

Références sur les bienfaits de la gratitude pour les adultes et les enfants

La pratique de la gratitude, soutenue par des recherches scientifiques, montre des effets bénéfiques significatifs tant pour les enfants que pour les adultes. Voici quelques références clés pour approfondir ce sujet :

  1. Recherches de Jeffrey J. Froh (Hofstra University)
    Les travaux de Jeffrey J. Froh, professeur à l’Université de Hofstra, se concentrent sur les effets de la gratitude chez les enfants et les adolescents. Ses études démontrent que la gratitude améliore le bien-être émotionnel, renforce les relations sociales et favorise une attitude positive face à la vie.
    Découvrir les recherches de Jeffrey J. Froh

  2. Étude sur les bienfaits de la gratitude (Université de Harvard)
    Une étude menée par l’Université de Harvard met en lumière les impacts positifs de la gratitude sur le bien-être mental et émotionnel. Les résultats indiquent une réduction du stress, une amélioration des relations sociales et une augmentation globale du bonheur.
    Consulter l’étude d’Harvard.

  3. Article scientifique sur Cairn.info
    Un article publié sur Cairn.info explore les mécanismes psychologiques derrière la gratitude et son rôle dans le développement émotionnel des enfants. Il souligne l’importance de cultiver cette pratique dès le plus jeune âge.
    Consulter l’article sur Cairn.info

  4. Lecture recommandée : Les quatre accords toltèques
    Ce livre, bien que non académique, offre une perspective philosophique sur l’importance de la gratitude et des relations positives. Il complète les approches scientifiques en proposant des outils pratiques pour intégrer la gratitude au quotidien.

 

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4 réflexions sur “Apprendre la gratitude aux enfants : pourquoi, comment ? Un témoignage”

  1. Merci pour cet article qui est, effectivement comme un rayon de soleil à la lecture.
    Merci à Nathalie d’intégrer ces pratiques dans le quotidien des jeunes enfants pour qu’ils deviennent des adultes de demain attentifs aux autres et à eux-mêmes. C’est comme ça qu’on progresse, qu’on s’améliore, quand s’apaise et qu’on les rapports humains, que le monde devient meilleur. Oui, j’y crois.

    Beaucoup de plaisir à vous lire Nathalie.
    Merci Christophe pour cette interview.

    1. Merci Joelle pour ce très beau commentaire.
      J’ai eu beaucoup de plaisir, de découvertes, de surprises à travers cet interview.

      Prends bien soin de toi, Joelle.
      Christophe

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